Quand on envisage de retirer de l'argent de son assurance-vie, on pense d'abord au montant. C'est normal, c'est lui qui répond au besoin. Mais une deuxième question pèse tout autant sur ce que vous conserverez à long terme : faut-il faire un rachat partiel, qui laisse le contrat ouvert, ou un rachat total, qui le ferme ?
Sur le plan fiscal immédiat, la règle est la même dans les deux cas. Seule la part de gains contenue dans le rachat est imposée, et le simulateur de rachat d'assurance-vie vous donne le montant net en quelques secondes. Ce qui change, c'est tout ce qui se passe après.
Ce que le rachat total fait disparaître
Un rachat total ferme le contrat. Avec lui disparaissent deux choses qui ne se rachètent pas.
La première, c'est l'antériorité fiscale. La date d'ouverture de votre contrat déclenche, au bout de 8 ans, l'abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule ou 9 200 € pour un couple, et le taux réduit de 7,5 %. Si vous rouvrez un contrat ailleurs, le compteur repart de zéro, et il faudra attendre huit ans pour retrouver ces avantages.
La deuxième, c'est le cadre de transmission. Les sommes versées sur un contrat avant vos 70 ans sont transmises à vos bénéficiaires avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, hors succession. Après 70 ans, les nouveaux versements ne bénéficient plus que d'un abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires confondus. Fermer un contrat alimenté avant 70 ans, c'est renoncer définitivement à ce régime pour les sommes retirées.
Le rachat partiel, lui, conserve les deux. Le contrat reste ouvert, sa date reste acquise, et ce qui y reste continue de bénéficier du régime de transmission d'origine.
Trois situations, trois réponses
La bonne forme de retrait dépend de ce que vous cherchez à faire. Voici les trois situations que je rencontre le plus souvent.
| Votre objectif | Ce que je recommande en général | Pourquoi |
|---|---|---|
| Un besoin de trésorerie immédiat (travaux, apport, coup dur) | Rachat partiel, du montant strictement nécessaire | Le contrat garde son antériorité, et le reste continue de travailler |
| Conserver les avantages fiscaux à long terme | Rachat partiel, étalé sur plusieurs années civiles | Chaque année ouvre un nouvel abattement, et la date du contrat reste acquise |
| Préparer la transmission | Éviter le rachat total d'un contrat alimenté avant 70 ans | L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire ne se reconstitue pas après 70 ans |
Si vous avez un besoin de trésorerie immédiat
C'est la situation la plus fréquente. Le réflexe est souvent de solder le contrat, par simplicité, surtout quand le besoin représente une grosse partie de sa valeur. Par contre, dès lors que le besoin ne porte pas sur la totalité, le rachat partiel est presque toujours préférable. Même si vous ne laissez qu'une petite somme sur le contrat, sa date d'ouverture reste acquise, et vous pourrez le réalimenter plus tard en profitant d'une antériorité déjà constituée.
Avant de racheter, vérifiez aussi que le rachat est la bonne réponse. Une avance sur contrat, remboursable, ne déclenche aucune fiscalité et convient mieux à un besoin temporaire dont vous connaissez l'échéance.
Si vous voulez conserver les avantages fiscaux
L'abattement annuel s'apprécie par année civile et par foyer fiscal. Un rachat important effectué en une seule fois consomme un seul abattement. Découpé en plusieurs rachats partiels répartis sur deux ou trois années, il en mobilise deux ou trois. Si votre besoin peut s'étaler, c'est une économie d'impôt obtenue sans rien changer d'autre. Pour aller plus loin, le rachat programmé automatise ce découpage.
Si vous pensez à la transmission
Si vous avez plus de 70 ans et un contrat alimenté avant cet âge, ce contrat est précieux pour vos proches. Le solder pour réinvestir ailleurs fait perdre l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les sommes retirées, et ce régime ne peut plus être retrouvé. Dans ce cas, un rachat partiel sur les seuls besoins, en laissant le reste en place, est presque toujours la bonne réponse.
Quand le rachat total se justifie
Le rachat total n'est pas une erreur en soi. Il se justifie dans deux cas.
Le premier, c'est un contrat de mauvaise qualité : des frais de gestion élevés, un fonds en euros peu rémunérateur, une offre d'unités de compte très limitée. Dans ce cas, garder le contrat pour sa seule antériorité peut coûter plus cher que ce qu'elle rapporte. Le calcul se fait en comparant l'avantage fiscal futur aux frais payés chaque année.
Le deuxième, c'est un besoin qui porte réellement sur la totalité, sans perspective de réalimenter le contrat. Là encore, il vaut mieux vérifier qu'aucune autre enveloppe ne peut répondre au besoin avant de fermer celle-ci.
Avant de solder un contrat pour en ouvrir un meilleur, regardez une dernière option. Depuis la loi Pacte de 2019, il est possible de transférer un contrat vers un contrat plus récent chez le même assureur en conservant son antériorité fiscale. Si votre assureur propose une offre plus moderne, c'est souvent la solution qui concilie les deux objectifs.
Ce que je vois en rendez-vous
La plupart des rachats totaux que je vois passer n'avaient pas besoin d'en être. Ils ont été faits parce que le formulaire de rachat total était plus simple à remplir, ou parce que la question de la forme ne s'est tout simplement pas posée. Un contrat soldé ne se rouvre pas avec sa date d'origine, c'est pour cela que la décision mérite dix minutes de réflexion avant la signature.
En résumé
Le rachat partiel conserve l'antériorité fiscale et le cadre de transmission de votre contrat, le rachat total les fait disparaître définitivement. Si vous souhaitez faire un bilan de votre situation avant de décider, je vous invite à réserver un créneau avec moi.
Cet article est pédagogique. Il ne constitue pas un conseil personnalisé : chaque situation demande une étude.